Pigeon voyageur : glande uropygienne et imperméabilité

Chez le pigeon voyageur, le plumage constitue bien plus qu’un simple ensemble de plumes destinées au vol. Il représente une véritable armure naturelle, capable de protéger l’oiseau de l’humidité, du vent, de l’usure et des variations climatiques extrêmes rencontrées lors des concours. Pourtant, la façon dont ce plumage reste propre, souple, étanche et parfaitement fonctionnel demeure largement mal comprise dans le monde colombophile. Pendant longtemps, on a cru que la glande uropygienne — cette petite glande située au niveau du croupion — jouait un rôle central dans l’entretien et l’imperméabilité du plumage. Mais les connaissances modernes bousculent ces idées anciennes : chez le pigeon voyageur, cette glande est loin d’être indispensable.
L’objectif de cet article est de donner une vision claire, scientifique et modernisée du fonctionnement réel du plumage du pigeon voyageur. Nous allons comprendre pourquoi cet oiseau peut voler longtemps sous la pluie, comment il reste propre et étanche malgré des heures de vol, et pourquoi certains pigeons possèdent une résistance exceptionnelle alors que d’autres se retrouvent en difficulté. En analysant la glande uropygienne, la poudre produite par le duvet, la structure microscopique des plumes et l’importance de l’hérédité, nous verrons que la vérité est bien plus fascinante que les croyances traditionnelles.
1. La glande uropygienne : une glande unique chez les oiseaux, mais secondaire chez le pigeon voyageur
1.1. Un organe isolé dans la peau des oiseaux
Contrairement aux mammifères, qui possèdent de multiples glandes cutanées (sébacées, sudoripares ou apocrines), les oiseaux n’en ont presque pas. La seule véritable glande cutanée de leur anatomie est la glande uropygienne, encore appelée glande du croupion.
Elle se situe :
-
sur les dernières vertèbres caudales,
-
enfouie dans un tissu graisseux,
-
protégée sous la peau,
-
avec une ouverture unique au sommet d’un petit mamelon.
Chez le pigeon voyageur, la glande est constituée de deux lobes séparés, chacun possédant son canal évacuateur distinct. Leur présence se remarque par un sillon longitudinal visible sur le mamelon.
1.2. Composition de la sécrétion uropygienne
Cette glande produit une substance huileuse, de couleur jaunâtre, contenant principalement :
-
acide palmitique,
-
acide oléique,
-
acide stéarique.
Il s’agit d’un mélange lipidique relativement simple. Chez certaines espèces, on y retrouve du cholestérol, ce qui a mené à l’une des hypothèses les plus célèbres — mais fausses — concernant la vitamine D.
1.3. Le mythe de la vitamine D produite sur les plumes
Pendant des années, beaucoup ont cru que :
-
La glande uropygienne sécrétait du cholestérol.
-
Les UV le transformaient en vitamine D3 lorsqu’il était étalé sur les plumes.
-
Le pigeon ingérait cette vitamine en lissant son plumage.
Aujourd’hui, les analyses modernes démontrent clairement que :
-
la glande uropygienne ne contient pas de provitamine D,
-
la transformation en vitamine D3 se fait au niveau de la peau, notamment sur les pattes,
-
la glande du croupion ne participe pas à la synthèse de vitamine D chez le pigeon voyageur.
Cette idée, pourtant séduisante, appartient désormais au passé.
1.4. Une glande dont l’importance varie selon les espèces
Chez certaines espèces aquatiques, la glande uropygienne est très développée. Les canards, cygnes ou plongeons en dépendent fortement pour maintenir l’imperméabilité de leur plumage.
Mais chez le pigeon voyageur, la situation est tout autre.
Certaines variétés de pigeons, comme les pigeons queue-de-paon, n’en possèdent tout simplement pas.
Une étude menée sur un grand élevage américain de Carneaux a révélé que 2 % des pigeons étaient dépourvus de glande uropygienne, sans aucune conséquence sur leur santé ou leur reproduction.
1.5. Peut-on retirer la glande sans conséquence ?
Certains colombophiles ont même pratiqué l’ablation de la glande sur leurs jeunes pigeons vers 6 semaines. Malgré la douleur évidente causée par l’intervention — la glande contient de nombreux corpuscules sensoriels très sensibles — les pigeons continuaient à se classer normalement.
Tout laisse donc penser que :
👉 La glande uropygienne n’est pas essentielle chez le pigeon voyageur.
2. Le pigeon voyageur n’exploite quasiment pas sa glande uropygienne
2.1. Une sécrétion difficile à obtenir
Pour extraire une goutte de sécrétion chez un pigeon, il faut :
-
presser fermement,
-
pincer profondément le mamelon,
-
exercer une force que le bec d’un pigeon ne peut pas reproduire.
Il est donc très improbable que le pigeon applique volontairement des quantités significatives de sécrétion sur ses plumes.
2.2. Un comportement absent chez cette espèce
Chez la poule, les oiseaux aquatiques et même certaines espèces d’oiseaux chanteurs, on observe un comportement caractéristique : le frottement direct sur la glande, suivi d’un étalement rigoureux sur les plumes.
Chez le pigeon voyageur :
-
ce comportement n’existe tout simplement pas,
-
aucun frottement spécifique n’est effectué contre la glande,
-
le pigeon se contente de lisser son plumage.
2.3. Une production faible, sans influence sur l’imperméabilité
Chez le pigeon voyageur, la glande uropygienne produit très peu de substance. La petite « tache d’huile » observée sur les pennes est trop minime pour avoir un rôle significatif, et son utilisation comme signe de forme est scientifiquement infondée.
Toutes les preuves indiquent que :
-
cette glande n’imperméabilise pas les plumes,
-
elle n’empêche pas leur usure,
-
elle ne contribue presque pas à l’entretien du plumage.
3. La véritable imperméabilisation du pigeon voyageur : la poudre du duvet
3.1. Une source totalement distincte de la glande
La poudre blanche que produit le pigeon voyageur ne provient pas du tout de la glande du croupion.
Elle est issue du duvet poudreux, situé en deux masses bien visibles :
-
de chaque côté de l’arrière du corps,
-
près de la base des plumes postérieures.
Les pennes et les plumes de couverture n’en produisent presque pas.
3.2. Composition et origine de cette poudre
Les plumes sont faites de kératine, une protéine très résistante.
Le duvet produit continuellement :
-
de petites pellicules,
-
des grains microscopiques,
-
une poussière blanche imperméable.
Cette poudre recouvre progressivement tout le plumage grâce :
-
aux secousses naturelles,
-
à la friction des ailes,
-
au lissage au bec.
**3.3. Une fine couche de graisse cutanée
La peau du pigeon produit une secrétion lipidique, très légère, mais étendue sur toute la surface cutanée.
Elle :
-
enveloppe les grains de poudre,
-
renforce l’hydrophobie,
-
améliore la glisse des plumes,
-
réduit leur usure par friction.
C’est le mélange poudre + graisse cutanée qui crée la véritable imperméabilité du pigeon voyageur.
3.4. Pourquoi éviter le bain avant l’enlogement
Lors d’un bain :
-
la poudre se dissout partiellement,
-
elle flotte à la surface de l’eau,
-
le pigeon perd temporairement son étanchéité.
Il lui faut ensuite plusieurs heures — parfois toute une journée — pour reconstituer une couche efficace d’imperméabilité.
👉 Le bain est excellent pour l’hygiène, mais jamais avant l’enlogement.
4. L’imperméabilité se perd progressivement en vol
4.1. L’érosion de la poudre par le vent
En vol, le flux d’air entraîne une partie de la poudre.
Plus le vol est long :
-
plus la poudre est emportée,
-
plus l’imperméabilité diminue.
4.2. La pluie accélère la perte de cohésion
Sous la pluie, la dégradation du plumage est encore plus rapide.
L’eau :
-
colle les barbules entre elles,
-
détruit la cohésion des barbes,
-
alourdit les pennes,
-
empêche la pénétration de l’air.
Lorsque trop d’eau pénètre, le pigeon :
-
perd sa portance,
-
s’épuise,
-
et finit par être incapable de voler.
4.3. Le rôle capital de la structure des plumes
Les recherches modernes montrent que l’imperméabilité dépend aussi de la structure microscopique des plumes :
-
épaisseur des barbes,
-
régularité des barbules,
-
densité des crochets,
-
alignement parfait.
Un pigeon voyageur dont les plumes sont fines, espacées ou irrégulières perdra l’étanchéité beaucoup plus rapidement.
4.4. Hérédité et santé : les facteurs majeurs
Deux éléments déterminent la qualité d’imperméabilité :
L’hérédité
Certaines lignées ont :
-
plus de duvet poudreux,
-
des barbes plus épaisses,
-
des barbules plus cohésives.
Ces qualités se transmettent fortement d’une génération à l’autre.
La santé générale
Elle influence :
-
la qualité de la kératine,
-
la production de poudre,
-
la souplesse des plumes,
-
leur densité.
Un pigeon voyageur malade, stressé, mal nourri ou parasité perd énormément en qualité de plumage.
5. Exemple concret : le cas célèbre du “Barcelone II”
Un exemple historique illustre parfaitement l’importance du plumage.
Le professeur Van Grembergen relate la performance spectaculaire du pigeon “Barcelone II”, né en 1958.
Lors d’un Barcelone particulièrement difficile, marqué par une pluie continue et des vents défavorables :
-
les lâchers de vitesse furent annulés,
-
de nombreux pigeons abandonnèrent en route,
-
les arrivées étaient extrêmement espacées.
“Barcelone II” est arrivé deux heures avant le second pigeon, sous une pluie torrentielle, alors que les vols de vitesse étaient reportés.
La seule explication rationnelle :
👉 un plumage exceptionnel, dense, cohésif, riche en poudre et incroyablement étanche.
Ce type de plumage rare fait les grands champions du fond et du grand fond.
6. Ce que tout colombophile doit retenir
6.1. La glande uropygienne n’est pas indispensable
Elle est :
-
faible,
-
peu exploitée,
-
non essentielle à l’entretien du plumage.
6.2. La véritable imperméabilité repose sur trois piliers
-
La poudre du duvet
-
La fine graisse cutanée
-
La structure parfaite des plumes
6.3. La pluie met à l’épreuve même les meilleurs pigeons
L’endurance sous la pluie dépend de :
-
la génétique,
-
la santé,
-
la densité de poudre,
-
la cohésion des barbes,
-
l’entretien du plumage.
6.4. Le colombophile doit sélectionner l’imperméabilité
La résistance à l’eau est un critère crucial pour les pigeons destinés :
-
au fond,
-
au grand fond,
-
aux concours difficiles.
La qualité du plumage est un capital génétique qu’il faut préserver.
Conclusion
Chez le pigeon voyageur, l’idée selon laquelle la glande uropygienne assurerait l’imperméabilité ou l’entretien du plumage appartient désormais au passé. Les connaissances modernes démontrent clairement que la véritable protection provient de la poudre issue du duvet, de la très légère production lipidique cutanée et de la structure microscopique parfaite des plumes.
Comprendre ce fonctionnement permet au colombophile d’adopter une approche plus éclairée dans la sélection, l’entretien et la préparation de ses pigeons voyageurs. Les pigeons dotés d’un plumage dense, cohésif, souple et riche en poudre possèdent un avantage décisif, surtout par temps de pluie et lors des longues distances.
Protéger, renforcer et sélectionner ces qualités constitue l’un des secrets les mieux gardés pour former un colombier performant, capable de briller même dans les conditions les plus difficiles.
[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen – Revue PIGEON RIT ]
Pour vous abonner au Magazine PIGEON RIT – Cliquez sur le bouton ci-dessous !

